Hospitalité spontanée (Dinekasaray, 8mai)

Retour vers le présent, ici et maintenant. Il est 18h00 passé et il nous faut trouver un bivouac. Après cette journée marathon de 180 km, nous cherchons un village avec si possible une aire de jeux pour les enfants. Mais notre route se poursuit sur ce vaste plateau monotone. Enfin, là-bas, nous apercevons un minaret derrière un rideau d'arbres. Allons voir... Dinekasaray est un village d'élevage dont les maisons semblent avoir traversé les millénaires: des maisons de terre dont certaines ont une toiture végétalisée. Des enfants jouent dans les rues, des gens flânent, d'autres gardent vaches ou moutons. Pas de jeux mais nous décidons de nous arrêter ici en demandant l'autorisation à un groupe de personnes en train de bavarder. « Ici, là devant cette maison » me font-ils comprendre dans leur langue. Nous suivons leur conseil et tandis que je me promène dans le village avec Mathieu, Séverine accueille bientôt la moitié du village à la porte du camping-car. Nous sommes invités par une dame à manger. Nous la suivons. En ce dimanche, sa maison accueille ses 4 enfants qui travaillent à Konya, la ville qui se trouve à une soixantaine de kilomètre d'ici. Sa fille parle un peu anglais et nous sert d'interprète. Nous prenons place dans le salon, une pièce où se trouve un tapis et de larges coussins où toute la famille s'installe. Carte et guide en main nous expliquons où nous habitons. Amusant, un de leur oncle vit à Vendôme! Aysheh, une petite fille de 6 ans nous propose une lotion à la rose pour nettoyer nos mains et nous offre chocolats et dattes. Un plateau en aluminium arrive au centre de la pièce avec concombres, tomates, saucisses, fromage, fruits confits et le thé. On nous donne des galettes et une fourchette pour nous servir à notre guise. Étrange situation que de se retrouver dans ce contexte familial sans trop savoir comment faire. Les enfants qui ne se posent pas tant de questions sont tout à fait à l'aise autour du plateau. Margaux discute dans un dialogue de sourd avec sa petite voisine de 6 ans qui lui offre deux bracelets. Les deux filles partagent le pain. Quant à Mathieu, il pique droit sur les saucisses avec sa fourchette. Dommage que la barrière de la langue ne nous permette pas de mieux échanger mais cet instant de partage est déjà un agréable moment en soi et une petite leçon d'hospitalité. Tout juste rentrés dans le camping-car, des gendarmes frappent à la porte. Allons nous être délogés? Ils sont là pour nous assurer de leur protection : « si vous avez un problème appelez-nous! ». Et au moment de se coucher après cette journée bien remplie, « toc toc ». Un monsieur nous invite à le suivre chez lui pour bivouaquer. Nous essayons de décliner l'offre avec courtoisie avant de nous coucher, fatigués de cette journée marathon mais avec tant de choses à méditer...

 

La nuit a été calme et nous nous réveillons en ayant l'impression que tout le village a veillé sur nous. Alors que nous déjeunons, nous voyons Aysheh et son grand-père se promener dans la rue. Margaux sera bien vite habillée ce matin pour rejoindre son amie qui l'emmène voir les poussins de la ferme. Le patriarche est invité à prendre le thé dans notre maison roulante. Il s'installe sur la banquette, en tailleur, comme chez lui et visite du regard notre camping -car. Bientôt, son épouse, prénommée aussi Aysheh, accompagnée de ses trois petits enfants et de son fils nous rejoint. Nous offrons à la petite Aysheh des crayons de couleur et un livre de coloriage et bientôt elle s'installe à notre table avec Margaux pour une séance de coloriage. La communication est difficile car notre « interprète » est repartie sur Konya mais peu importe, le silence n'a rien de pesant et l'on prend plaisir à juste être ensemble. Bientôt, Aysheh (mère) me dit qu'elle doit aller faire le pain et m'invite à la suivre. Ravie, je l'accompagne dans une petite pièce dans laquelle sa belle-fille est déjà à l'œuvre. Elle dispose sur une plaque bombée placée au dessus d'un feu des petites galettes de pâte qui, une fois retournées, seront ensuite lancées sur un tapis à l'autre bout de la pièce pour refroidir. Tout en « travaillant », les deux femmes discutent joyeusement et bientôt les enfants nous rejoignent. Quatre galettes chaudes atterrissent alors dans un plat. Je les recouvre de beurre et nous nous en régalons alors que les femmes continuent leur fabrication. Le pain est fabriqué le lundi pour toute la semaine et les galettes chaudes continuent de s'empiler alors que nous échangeons. La chaleur du feu fait naître des gouttes de sueur au bord des voiles qu'elles portent. Bonheur d'un moment partagé, une complicité s'installe autour du foyer. Les hommes, de leur côté, font visiter la ferme à David. Nous sommes de nouveau conviés à partager un repas mais nous déclinons l'offre, ne voulant pas abuser de l'hospitalité de cette famille. Aysheh (mère) m'offre des chaussons qu'elle a tricoté et nous reprenons la route avec quelques pains encore chauds . Nous avons vécu pendant quelques heures le quotidien de cette famille et avons pris auprès d'eux, une belle leçon d'hospitalité et de simplicité.

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