04 juin 2011

Escale nature. (Svestari, 25 mai)

Escale culturelle sur les traces des Thraces, la première civilisation qui vécut en Bulgarie il y a environ 2500 ans. Du coté de Svestari, nous partons découvrir le tombeau royal de la tribu Gete, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Nous commençons à devenir spécialistes en nécropoles. C'est qu'il s'agit des vestiges les mieux conservés de ces peuples anciens et c'est à travers ce passage vers l'au-delà que ces civilisations antiques exprimaient au mieux leurs arts (sculpture, peinture, orfèvrerie...). Mais le site ferme alors que nous arrivons. Nous bivouaquerons donc ici et visiterons le site demain matin. Ce qui devait être une simple escale culturelle se transforme bientôt en une étape de grande « nature ». Cristo, le gardien de nuit du site nous invite à nous balader entre les divers tumulus où est aménagé un parcours de promenade. Il nous précise à l'aide d'un croquis que vit une famille de renards avec 8 renardeaux sur le tumulus du tombeau royal. En flânant sur ce petit chemin cimenté entre prairies fauchées et tumulus nous commençons par observer une drôle de petite bête qui se faufile dans la prairie et se dresse pour nous observer. Un peu plus gros qu'une belette, il s'agit en fait d'un rongeur appelé Souslik. Nous nous amusons à les deviner dans l'herbe rase. Tiens une cigogne, et puis deux, dix, trente, quarante. Et là-bas, un autre groupe d'une cinquantaine. Sans doute des cigognes en escale migratoire. Cela me paraît un peu tard d'autant que nous avons vu déjà pas mal de nids occupés ci et là dans les villages. « Chut!... », nous arrivons en vue des terriers de renard. Sur le grand tumulus, nous devinons quatre entrées et sorties de terriers situées au même niveau., au deux tiers du site. « Regardez! », quatre petites têtes nous observent du haut de leur terrasse. Magnifique, nous passons vingt minutes à les observer. « Là haut! », des dizaines et dizaines de cigognes dans le ciel orageux descendent se poser dans le champ d'à côté, attirées sans doute par celles déjà installées. Cristo nous a rejoint devant ce spectacle grandiose. Il semble surpris et nous fait comprendre qu'à cette époque les cigognes nichent. Il met cela sur le compte d'un orage et même du volcan islandais qui aurait déréglé l'axe de migration de ces grands oiseaux. Sans doute le vent fort qui souffle de l'est a-t-il en effet dévié le vol des cigognes d'Afrique qui passent habituellement par le Bosphore et longent les côtes de la mer noire pour se rendre dans leur site de nidification. Des dizaines de cigognes survolent le tumulus où nous restons bouche bée entre renardeaux et vols en rase motte... Cristo est étonnant et passionnant. Lui, qui se retrouve seul quasi tous les soirs sur le site situé à quelques kilomètres du village, semble avoir développé un langage gesticulé très développé pour se faire comprendre auprès des visiteurs étrangers de passage. Ainsi, il nous fait découvrir dans la forêt un site archéologique en cours de fouilles et nous explique l'architecture de la maison thrace. Il nous fait découvrir des plantes odorantes à faire infuser et nous explique la signification des petits rubans blancs et rouges accrochés dans les arbres. Cadeaux offerts aux femmes le premier mars, elles doivent l'accrocher quelque part dès qu'elles aperçoivent une cigogne, signe de l'arrivée du printemps. Sur un panneau, il nous explique l'itinéraire pour nous rendre à Demir Baba, un site dont nous avions entendu parler sans savoir où le situer. C'est chose faite. Il nous montre le chemin jusqu'à une bifurcation pour ne pas nous perdre et nous met en garde bâton en main sur la présence de serpents.

Le lendemain matin, nous avons fait à peine trois pas qu'un reptile rampe sur le chemin. C'est un orvet, pas de panique. Nous randonnons environ 2 kilomètres dans une forêt avant d'arriver au fond d'une vallée. Le sentier se poursuit à travers les hautes herbes et nous prenons les enfants sur le dos. Nous arrivons dans un site étonnant, témoin de l'histoire des bulgares et de leurs croyances. Mais nous trouvons porte close. Je crie pour nous faire connaître et un gardien vient ouvrir la grille. Au pied d'une falaise, nous entrons dans un sanctuaire où l'eau de source alliée à un lieu saint peut guérir tous les maux. La source est là, limpide. Quelques sonneurs à ventre de feu y barbotent. Magnifique petit crapaud à la pupille en forme de cœur et au ventre orange vif. Mais je m'égare, l'intérêt du site est ailleurs. A l'époque des Thraces, le site était sacré. Quelques siècles plus tard, sous l'empire Ottoman, Demir Baba, en a fait un lieu de culte chiite capable de guérir bien des maux. Aujourd'hui, musulmans comme orthodoxes viennent y trouver l'espoir d'une guérison proche. Tout est prévu : la pierre percée où l'on passe un habit, une grosse pierre sur laquelle on s'allonge ou ces deux trous dans lesquels on place les mains. Dans le mausolée de Demir Baba sont déposés des ex-votos, des chemises bien pliées, des morceaux d'habits et chose étrange, les bougies orthodoxes côtoient les portraits du « saint » musulman. Tout comme dans le petit musée où se côtoient les portraits de Saint Georges terrassant le dragon et ceux de Demir Baba. Comme nous avons tous des petits bobos, nous passons chacun un objet sous l'œil bienveillant du gardien: Séverine, un bracelet; Margaux et Mathieu, leur tee-shirt et moi, une chaussette... Attendri par Margaux et Mathieu, le guide leur offre un chocolat avant notre retour à travers la forêt.

L'excursion a été plus longue que prévu mais les enfants ont encore des ressources pour visiter le tombeau Thrace. Nous sommes surpris par leur endurance et pensons sérieusement à nous débarrasser de la poussette qui nous encombre et dont nous n'avons plus l'utilité tant Mathieu marche bien et longuement. Nous nous joignons à un groupe de français pour bénéficier d'une traduction. La visite se fait par groupe de 16 et nous devons enfiler des sur-chausses ce qui semble intriguer Margaux et Mathieu. Nous appréhendons un peu la visite car elle dure vingt minutes, sans moyen de s'échapper. Mais les enfants restent calmes et Margaux écoute avec attention les commentaires en français. Les site est remarquable. Sous le tumulus se trouve une construction aux sculptures et fresques fines préservée dans une ambiance réfrigérée. Quant au roi Gete, mort précocement à l'age de 35 ans et enterré avec son épouse favorite de vingt cinq ans (de mort naturelle ou provoquée pour accompagner le roi, nul ne le sait encore), ils reposent désormais au musée de Sofia...

Nous quittons le site qui nous a tant offert. Direction le lac Srebarna, lui aussi inscrit au patrimoine mondial de l'humanité...

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Posté par familleeurope à 10:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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